D'abord la Ligue 1.
Parmi les championnats européens, la Ligue 1 est celui où l'on marque le moins! La moyenne de buts marqués par match est de 2,2 alors qu'en Premier League (championnat anglais) on culmine à 2,8. Suivent la Bundesliga (championnat allemand) avec 2,67 et les championnats italiens et espagnols (le Calcio et la Liga) avec 2,57. Il est à noter que ces moyennes tiennent compte de la différence du nombre d'équipes dans les différents championnats (seulement 18 clubs en Bundesliga et 20 clubs pour les autres championnats).
Comment expliquer cette différence ?
De nombreux spécialistes s'accordent à dire que la Ligue 1 est écrémée de ses meilleurs joueurs, partant tous dans des clubs étrangers, plus riches et bénéficiant de fiscalités moins lourdes (et aussi plus ambitieux, on y reviendra). Cette lecture des faits est incontestable tant il est vrai que les clubs français se font littéralement piller par les grosses écuries étrangères. D'ailleurs, il ne s'agit pas seulement des stars confirmées mais également des jeunes prometteurs qui, une fois formés (dans nos centres de formation reconnus!) partent à l'étranger. Souvenons-nous des Sinama-Pongolle et Le Tallec qui sorti du centre de formation du Havre sont partis pour Liverpool à 18 ans! (sans s'y imposer par la suite!). L'exemple également de Sébastien Frey parti de Cannes à 18 ans pour l'Inter de Milan. Dans le même temps, les grands clubs de ces championnats arrivent à conserver les meilleurs joueurs, qui y passent parfois toute leur carrière (Raùl au Réal Madrid, Maldini au Milan AC, Gerrard à Liverpool, Puyol à Barcelone, Totti à la Roma...).
Je pense que ce n'est pas la seule raison de notre mauvaise moyenne de buts par match. En effet, il me semble que dans le football, comme dans le sport en général, c'est l'aspect mental qui est déterminant. Aussi, je crois que la motivation peut parfois compenser la différence de capacités entre les sportifs. En ce qui concerne le football, cette vision semble correcte. En France, les équipes jouent pour "ne pas perdre", "ne pas encaisser de but" ou à long terme pour le "maintien". En Angleterre mais aussi en Allemagne, les équipes jouent pour gagner, pour marquer un but de plus que leur adversaire. Et quand on demande leurs ambitions pour la saison à venir, il y a au moins cinq à six clubs qui visent le titre alors qu'en France, seul l'Olympique Lyonnais assume ses ambitions, les autres clubs pouvant jouer le titre préférant éviter la pression en décrétant jouer "l'Europe". Il n'y a qu'à voir les entames de match : en Angleterre, une "petite" équipe comme West-Ham jouant contre l'ogre de Manchester United n'hésite pas dès le coup d'envoi à aller de l'avant, mettre la pression sur la défense mancunienne. En France, quand le "petit" Metz joue face au "grand" Lyon les messins gardent le ballon en défense afin de retarder l'échéance : encaisser un but. Les interviews de mi-temps confirment ce manque d'ambition, cette peur d'entreprendre. Sur Canal +, la réponse traditionnelle est "on était bien en place, on a pas pris de but, il faudra continuer à être solide en défense et peut-être aller marquer un but". Ce n'est malheureusement pas comme ça que les équipes françaises vont marquer plus de buts! Certains vont y répondre qu'en Angleterre et en Allemagne les défenses sont moins bonnes qu'en France. Il y a certainement du vrai, mais le football est devenu un spectacle or, un O-O n'est pas forcément un bon spectacle pour celui qui est venu payer sa place au stade! D'ailleurs, c'est parce qu'il y a plus de spectacle en Angleterre que les places au stade y sont plus onéreuses. Ceci permet aux clubs d'augmenter leurs recettes afin de pouvoir se payer les meilleurs joueurs.
La transition est toute trouvée puisque c'est de cette envie d'entreprendre que découle la bonne santé financière des clubs d'outre-manche. Ce qui nous conduit au second point, plus politique et économique : la peur d'entreprendre qui règne en France et qui explique en partie nos problèmes économiques.
De quoi s'agit-il ? Tout simplement qu'en France, nous n'avons pas assez d'entrepreneurs, de personnes qui osent, risquent en lançant leur propre entreprise. En effet, il règne encore l'image de l'ouvrier qui passe toute sa vie active dans la même usine. Or, nos usines ferment et l'économie française est appelée à tendre vers une économie de services, sur le modèle par exemple de l'économie anglaise (encore les anglais) ou irlandaise. Toutefois, toutes les industries ne sont pas touchées (l'agro-alimentaire et la distribution sont même en excellente forme!). D'ailleurs ce secteur montre combien le goût du risque peut rapporter, faisant ainsi exception avec cette peur d'entreprendre qui paralyse l'économie française. Tout le monde connaît les chaînes "Auchan" et "Carrefour" où l'on va faire ses courses. Et bien ses monstres financiers sont partis de rien : des petits entrepreneurs qui se sont lancés à partir de petites épiceries (au départ) dans le secteur de la distribution. D'ailleurs le nom de ces groupes remonte à leur lancement : "Auchan" parce que l'épicerie (épicerie améliorée) était ouverte à proximité d'un champ donc les gens disaient : "je vais faire mes courses au champ" ; "Carrefour" tout simplement parce que le premier point de vente était situé à un carrefour. Ces entrepreneurs ont réellement pris des risques dans la mesure où ils ont révolutionné la distribution dans un pays où les habitants étaient attachés à leurs petits commerces. Ces derniers ont donc décidé de réunir dans un même point de vente plusieurs types de produits. Inutile de dire que ces risques se sont avérés payants!
Et bien la France manque, aujourd'hui, de ces entrepreneurs. Or les marchés sont là pour qui a envie de se lancer. Il n'y a qu'à voir comment l'Irlande, en dix ans à peine, a modifié son économie grâce aux entrepreneurs privés qui ont fait fleurir des milliers de petites et moyennes entreprises. Les secteurs concernés sont évidemment les services, tant à la personne qu'aux entreprises. Pis, des entrepreneurs français sont allés dans ces pays pour y lancer des entreprises qui aujourd'hui sont en plein "boum". Mais là nous touchons la cause de ce problème : le poids de la fiscalité sur les entreprises. En effet, les charges qui pèsent sur les patrons français dissuadent les nouveaux entrepreneurs de se lancer. Je ne parle évidemment pas du "patron" tel qu'il est, à tort, vu par l'extrême gauche : riche PDG roulant en jaguar vivant dans un appartement du seizième ou dans sa villa du Sud de la France. Ces derniers sont d'ailleurs une minorité : le poumon économique de la France est constitué par les PME et non par les gros groupes. Or ces PME sont, hélas, trop souvent dirigées par un de ces patrons qui cumule deux à trois emplois pour un seul salaire! (souvent le patron aide ses employés dans leurs tâches, doit s'occuper de démarcher de nouveaux clients, et est submergé par les tâches administratives et comptables : trois emplois et un seul salaire car il ne peut pas s'augmenter dans la mesure où son entreprise, encore fragile sur le marché, doit être rentable face au poids des charges pesant sur elle et face à ses concurrents!).
La France souffre donc d'un mal qu'elle peut elle-même résoudre : en allégeant les charges pesant sur les entreprises, elle libérera ainsi les forces qui chercheront réellement la croissance!
Lectures utiles : Le courage du bon sens, Michel Godet (Odile Jacob) ; La guerre des deux France, Jacques Marseille (tempus) et le grand gaspillage, Jacques Marseille (tempus).
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